D’une seule phrase.
Il avait suffit d’une phrase. Une seule de ses phrases au cours du repas retint toute son attention. Et pendant tout le reste de la soirée, elle ne pensa qu’à cela.
D’abord l’angoisse la saisit. Elle se retrouva médusée au milieu des convives. Tout autour n’était que brouhaha. Tout semblait tourner autour d’elle. Le cliquetis des couverts dans les assiettes résonnait en elle. Elle avait l’impression de vasciller tellement la tête lui tournait. Elle saisit un radis dans le plat. Le roula dans le sel et le croqua. Elle mâchait machinalement, tel un robot. Et lorsqu’elle tenta d’avaler, elle s’étrangla. Elle essaya de contenir sa toux. Elle but. Elle manquait d’air maintenant. La respiration coupée, c’est avec des yeux embuées qu’elle la regarda. Son visage devait être ampli de cette crainte, de l’incertitude. Comme une enfant, elle réclamait qu’on la rassura. Mais personne.
Elle cherchait le regard de sa bien-aimée. Mais elle se heurta à l’incompréhension. Il avait suffit d’une phrase. Une seule phrase qui l’emporta dans un tourment sans pareil.
Elle se leva et traversa la pièce. Le grand couloir de l’entrée menait aux toilettes. Une fois à l’abri des regards, elle laissa sortir ses larmes. Le doute l’envahit avec force. Il logeait là dans ses entrailles. Elle se mordit les lèvres d’avoir cru un instant à ce doux rêve. Comment avait-elle pu se laisser emporter de la sorte. Comment avait-elle pu imaginer cela ? A sa portée, elle la petite provinciale. Elle découvrit toute l’ampleur de l’expression se ronger les sangs. Elle se mortifiait à mesure que le temps s’écoulait. Il fallait bien qu’elle revînt à table. On allait s’inquiéter de son absence. Le temps lui parut si long. Elle traversa le long couloir garni d’estampes chinoises. La porte s’ouvrit en grinçant. Elle qui voulait une entrée en toute discrétion. Elle qui voulait fuir, rentrer chez elle, et se rouler au fond du lit en pleurant. Il fallait encore affronter les invités dont elle faisait partie. Honorer le repas ainsi préparé.
Les plats qui passèrent n’avaient aucun goût. Elle n’avait d’yeux que pour sa bien-aimée, celle qui lui avait fait tant battre le coeur. Elle qui lui redonna toute la fraîcheur dont sa vie manquait. Tout s’envolait maintenant.